MES : Retour vers le Futur

Né dans les années 90, le MES ou Suivi de Production a suivi depuis un cycle d’adoption progressif, un peu à la manière des ERP apparus durant la décennie précédente. Echaudées par les budgets consacrés aux ERP, qu’elles n’avaient pas forcément anticipés, les entreprises se sont montrées plus exigeantes pour les systèmes MES, et les entreprises moyennes ont tardé à les adopter.

MES : Retour vers le Futur

Aujourd’hui, à côté des offres des grands éditeurs et constructeurs se sont développées des solutions agiles, d’un retour sur investissement rapide offrant une large palette de fonctionnalités. Mais alors que beaucoup d’entreprises de taille moyenne ont enfin intégré à leur budget un système MES, les technologies de l’Industrie du Futur les interrogent : ne sommes-nous pas à la veille d’un changement complet de philosophie ? Avec l’IoT, le Cloud, le Big Data, n’est-il pas urgent d’attendre ?
En y regardant de plus près, avec l’Usine du Futur, c’est pourtant le MES dans son concept originel qui revient sur le devant de la scène…

 

Une avalanche de technologies

De nombreuses technologies se sont diffusées à une vitesse sans précédent depuis l’avènement de l’Internet, il y a une vingtaine d’années. A tel point que l’on ne sait plus toujours dans quel ordre elles sont apparues. C’est probablement le SaaS (Software as a Service) qui a ouvert le bal, puis la virtualisation, le cloud, la diffusion explosive du téléphone mobile et du smartphone, les tablettes, puis l’impression 3D, le Big data, l’IoT et les objets connectés, l’Intelligence Artificielle…

 

L’industrie en ligne de mire

cloud iot

A vrai dire, les entreprises industrielles ne se sont pas d’emblée senties très concernées par les premières vagues technologiques : la notion de SaaS par exemple, impliquant une très forte standardisation des fonctions logicielles mises à disposition, s’applique plus facilement à des fonctions de courrier électronique ou de comptabilité qu’à l’exécution des process industriels, par nature très différents. Sans parler bien sûr de la criticité et de la confidentialité des données de fabrication.

L’impression 3D a joué un rôle de révélateur : les innovations technologiques récentes pouvaient bouleverser la vision que nous avions de l’industrie. Dès lors, les nouvelles technologies informatiques (Cloud, Big Data, IoT, …) ont commencé à chercher des débouchés hors des sphères Grand Public, financières ou marketing. Nées toutes deux dans les années 50, la robotique et l’Intelligence Artificielle ont rajeuni leur image pour se joindre à elles : l’Industrie du Futur est en marche.

 

Que devient alors le MES ?

Devant un tel bouleversement technologique certains ont avancé que le MES serait remis en cause. De prime abord c’est un peu curieux, personne n’ayant avancé, par exemple, que ces technologies remettraient en cause les ERP. Le MES, tout comme l’ERP, n’est pas une technologie mais une solution fonctionnelle, en quoi les nouvelles technologies de l’Industrie du Futur le remettraient-il en cause ?
En fait, comme cela a déjà été le cas par le passé, le MES souffre d’une vision réductrice de son rôle. Souvenons-nous du « lien entre l’ERP et le terrain » qui lui était assigné. C’est vrai bien sûr, mais si son rôle s’était réduit à cela, le MES aurait perdu tout son sens dès que les ERP ont eu la capacité de collecter des informations terrain, ce qui est une réalité depuis bien longtemps.
On retrouve le même écueil avec les technologies de l’Industrie du Futur. L’IIoT (Industrial Internet of Things) va permettre de collecter plus d’informations, à l’intérieur et à l’extérieur de l’usine, en particulier sur la vie des produits après leur fabrication, constituant un Big data en site propre ou sur le Cloud. On peut aisément imaginer que demain, des équipements connectés calculent par eux-mêmes leur MTBF (temps moyen de bon fonctionnement) ou leurs temps d’arrêts propres classés par catégorie. Mais pour être utilisables ces informations doivent être rapprochées des types de produits fabriqués, des ordres de fabrication en cours, des équipes qui en assurent la production, de manière à fournir des indicateurs de production (TRS, TRG, TRE et autres KPI) pertinents. C’est dans cette contextualisation et cette consolidation que le MES garde toute sa place.

 

Le MES, cœur de l’Industrie du Futur

CoeurEncore ne parle-t-on ici que de suivi de performance. Le rôle du MES est bien plus vaste et le terme de « suivi de production » par lequel on traduit le plus souvent le MES est trompeur : le MES doit en fait être le véritable chef d’orchestre de la production. Dans l’Usine du Futur, c’est lui qui séquence les ordres de fabrication, gère leur parallélisme d’exécution, transmet aux machines ou fournit aux opérateurs les paramètres de fabrication de chaque référence de produit, aussi personnalisé soit-il, et en assure la traçabilité. C’est lui également qui prend connaissance en temps réel des moindres écarts dans les paramètres de fabrication ou dans les temps de réalisation des opérations, en ré-aiguillant celles-ci vers les équipements disponibles les plus performants en cas de besoin. C’est lui qui prendra en compte une intervention de maintenance rendue nécessaire par un problème machine et ajustera le planning de production en conséquence. Pour ce faire sans doute, dans l’Usine du Futur, il s’appuiera sur les algorithmes du Big Data et de l’Intelligence Artificielle, mais il peut d’ores et déjà le faire par des algorithmes faciles à implémenter.

Toutes ces avancées de l’Usine du Futur sont celles que l’on trouve dans les concepts du MES élaborés par le MESA, au début des années 90. Libéré des difficultés de collecte et de stockage d’information par des technologies ultraperformantes, le MES va donner la pleine mesure de ses concepts d’origine. Un Retour vers le Futur* en quelque sorte.

Philippe Allot

(*) « Retour vers le Futur » est le titre français d’un film de Robert Zemeckis sorti en 1985. Voyageant dans le passé grâce à la voiture extraordinaire de son ami savant excentrique, le héros y importe malgré lui quelques technologies du futur.